Tribune – Septembre 2026

FACE AUX CRISES : LA RÉSILIENCE SERA COLLECTIVE OU NE SERA PAS !

Canicules, incendies, inondations, tempêtes, ruptures énergétiques, cyberattaques ou épidémies : alors que les crises qui traversent nos territoires s’intensifient et se cumulent, une idée reçue persiste : en temps de crise, ce serait chacun pour soi. La réalité est tout autre. Lors de catastrophes, les habitants se retroussent les manches, tandis qu’une entraide spontanée émerge. Cependant, cette capacité d’action reste largement sous-estimée et sous-mobilisée par les pouvoirs publics. Il est urgent de la reconnaître, de la structurer et de lui donner les moyens d’agir, pour mieux se préparer face aux crises.

L’humain, un être social et solidaire

À l’époque où l’individualisme semble s’étendre, on pourrait croire que les chocs successifs nous éloignent les uns des autres. Pourtant, les travaux de sociologie comme les faits concrets - encore illustrés dans l’élan solidaire cet été face aux incendies - montrent l’inverse : face aux catastrophes, les comportements « prosociaux » prédominent, le collectif prévaut. Même peu préparés, nous nous entraidons et nous nous organisons spontanément : nous cherchons à aider. Ce n’est pas la solidarité qui manque, mais le cadre pour la rendre efficace, sûre et complémentaire des secours. En effet, cette capacité citoyenne reste peu valorisée et nous peinons à l’intégrer dans une réponse coordonnée de gestion de crise. L’enjeu n’est pas seulement d’encourager l’entraide, mais de la préparer, de l’orienter et de l’ancrer dans des dispositifs de terrain identifiés. Nous devons passer d’une solidarité de réaction à une solidarité de préparation.

Une impréparation collective alarmante, malgré une envie d’agir réelle

Ce constat est d’autant plus préoccupant que notre impréparation est sans appel. En 2024, 82 % des métropolitains estimaient ne pas être assez sensibilisés aux risques ni savoir comment agir en temps de crise. Une large majorité ignore les gestes utiles, les ressources disponibles et les relais - personnes ou structures - vers qui se tourner dans son environnement proche. Pourtant l’envie d’agir est là. Nous devons donc forger une véritable « culture du risque » à l’échelle de chaque territoire, condition de notre préparation face aux chocs : elle suppose d’informer, mais surtout de créer des espaces de participation, transmettre des repères concrets dès le plus jeune âge, renforcer les connaissances locales, soutenir les initiatives citoyennes et recréer du lien de proximité entre institutions, acteurs et habitants. La préparation ne relève pas seulement de la technique ou de la sécurité : c’est un projet collectif de territoire. Chaque commune doit pouvoir s’appuyer sur des citoyens informés, formés aux gestes utiles, conscients de leurs limites et reliés à une organisation identifiée : réserve communale, association agréée sécurité civile, réseau de quartier ou structure de proximité.

Le lien social, un atout précieux en temps de crise

Face à l’incertitude que nous vivons, la population doit être pensée comme une force complémentaire aux dispositifs existants. C’est un changement de paradigme dans la façon nous concevons la gestion de crise. Elle constitue à la fois :

C’est pourquoi renforcer ces liens de proximité doit devenir un engagement majeur. Soyons lucides : un bon terreau social ne supprimera pas les crises, mais un territoire où les habitants se connaissent, s’entraident et savent vers qui se tourner en atténuera considérablement les conséquences. Il ne s’agit là ni de transférer la gestion de crise aux habitants, ni de justifier un potentiel désengagement des pouvoirs publics : les solidarités citoyennes doivent être complémentaires de l’action publique. Cela suppose que nos institutions, les entreprises - véritables laboratoires de société - et associations agréées sécurité civile apprennent à mieux identifier, soutenir et coordonner les dynamiques déjà à l’œuvre.

Notre appel à actions

Les crises ne sont plus des hypothèses : elles sont là et s’intensifieront. Au-delà des dispositifs techniques, nous devons investir dans l’humain et bâtir avec les habitants une culture du risque qui donne les moyens de comprendre, d’anticiper et surtout d’agir. Nous appelons les acteurs des territoires - communes, associations, acteurs économiques, professionnels de la prévention et de la gestion de crise - à engager urgemment un travail sur la place des citoyens dans la préparation aux crises, et à investir dans ce qui fait lien au quotidien. Cela implique de :

Face aux crises à venir, nous avons le choix entre subir ou nous préparer ensemble. Cette préparation repose sur trois piliers : des citoyens informés et formés, des collectivités capables d’organiser la réponse locale et des associations agréées de sécurité civile reconnues. Organiser l’aide de proximité, les compétences disponibles et le soutien aux populations n’est pas une utopie : c’est la condition de notre sécurité. Construisons-la avant la prochaine crise.

Co-porteurs

SCOPIC ; PROTECTION CIVILE DE LOIRE ATLANTIQUE (44) ; LE RÉSEAU DES TEMPÊTES ; INSTITUT DE LA CONCERTATION ET DE LA PARTICIPATION CITOYENNE (ICPC).

Signataires